AVC – Vingt secondes et tout bascule ! / M.-P. Fayt Davin – Episode 1 – Ch 1 – Section 1


A 35 ans, Marie-Paule est victime d'un AVC ce qui bouleverse toute sa vie.AVC : Comment réagir positivement à un Accident Vasculaire Cérébral ?

COMALSO publiera tous les quinze jours un épisode du témoignage de Marie-Paule Fayt Davin.

L’auteur de ce livre/témoignage,  nous partage en toute simplicité mais avec un style très personnel son quotidien. Comment, chaque jour, elle est confrontée à ses limites et comment elle arrive à positiver et à poursuivre son chemin avec courage et sérénité. Quel beau témoignage! Merci Marie-Paule !


COMALSO
a eu la chance de croiser sur son chemin ce superbe livre/témoignage écrit par Marie-Paule Fayt-Davin et édité par les Editions Méhari.

Notre association travaille auprès de personnes privées de la parole,

  • de naissance (bébés prématurés, troubles génétiques ou acquis, …),
  • par maladie (AVC, trombose, rupture d’anévrisme
  • ou par accident (personnes traumatisées crâniennes, accident de voiture / moto, se faire renverser …)

Plusieurs des personnes dont nous nous occupons ont été victimes d’un accident de la route et pour elles aussi la vie a basculé !
Elles sont en général muettes et utilisent une technologie de communication alternative et augmentative (CAA/AAC) avec synthèse vocale pour communiquer avec leurs proches.
Nous avons lu votre livre avec beaucoup d’attention et d’intérêt. Actuellement nous lisons certains extraits aux bénéficiaires dont nous nous occupons. Nous voyons sur leur visage que cela les touche et les aide à retrouver un meilleur moral. Avec votre autorisation et celle des Editions Méhari.


Episode 1 – Chapitre 1 – 1ère partie

Août 2003.  Après avoir séjourné quatorze jours dans un coma sédatif et cauchemardesque et après avoir réappris à respirer, à manger et à boire, à m’alimenter, à cuisiner, à me laver, à m’habiller, à colorier et à écrire grâce à l’ordinateur, je suis en train d’apprendre à marcher. Même si ma progression ressemble encore à celle d’un ivrogne, je me déplace déjà seule à l’aide d’une tribune sous la patiente surveillance du kinésithérapeute. De plus, je réapprends à dessiner de belles lettres rondes, j’acquiers ainsi une écriture plus lisible que celle que j’avais auparavant. Chaque jour, je découvre de nouvelles possibilités fonctionnelles tant au niveau de mon visage et de mes yeux qu’au niveau du corps tout entier. Et même si le découragement me guette, je persévère, encore et toujours.

Mars 2003, à l’hôpital À peine sortie de la phase de réveil, j’essaie d’attraper le perroquet au-dessus de mon lit d’hôpital, tel un bébé qui tente d’attraper le jouet qui pendouille au-dessus de lui, devant son nez, dans son berceau. Je découvre mes doigts, je les regarde, je les bouge péniblement, je joue lentement, je ne sais ce qui m’y pousse, je suis heureuse, je m’émerveille devant chaque nouvelle  « victoire ». Je pense avoir un peu de temps pour me reposer. Je n’ai pas encore réalisé que ma vie a basculé. Je ne sais rien, je ne peux même pas imaginer. J’ai du temps libre. Je veux écrire. Je veux décrire ces cauchemars qui m’assiègent. Entre le « vouloir » et le « pouvoir »… Je ne sais pas à quoi je ressemble. Dans le miroir, je vois une « squaw ». Elle porte un masque blanc sur le visage. Est-ce bien moi ? Un turban blanc me ceint la tête, le dessus de mon front est rasé pour poser les deux drains qui permettent à l’afflux de sang de s’évacuer… Je m’imagine… Je revois mes enfants – trois et six ans – pour la première fois, je suis surexcitée. Mon homme, mes parents et mes sœurs les avaient protégés jusque-là. Maintenant je les imagine… Maman m’a raconté, six ans plus tard, la première entrevue à l’hôpital avec mes filles… Je ne me souviens de rien… L’aînée regardait par la fenêtre sans se retourner, la cadette se réfugiait dans les grands bras de son papa. Toujours d’après ma mère, quelques instants après cette première visite, mon mari est revenu auprès de moi, m’amenant chacune d’elles séparément. Je les imagine… Un autre jour, lors de la deuxième entrevue, ma fille aînée est venue se coucher dans mon giron sur mon lit d’hôpital. Ma seconde fille ne quittait pas les grands bras… Je ne me souviens pas… Je veux attraper ce foutu « perroquet » pour m’asseoir. J’ai de « l’énergie à revendre ». Je ne sais pas que, depuis mon accident, j’affiche un horrible rictus qui, en plus, s’accentue lorsque je souris. Quand elles apparaissent, je pense leur offrir mon plus beau sourire. Or, elles ne peuvent voir que l’expression déformée de mon visage. Maintenant je nous imagine… Je suis tellement contente de les revoir ! Mais elles détournent le regard. Je peux les comprendre. « Quelle boutique, la vie ! », comme dit leur père. Je suis très étonnée de leurs réactions apeurées. Elles ne me reconnaissent pas. Je dois les apprivoiser. Je ne comprends pas, moi, leur maman… Oui, je les ai « caressées » dans mon ventre, oui je les ai « bercées » sur mon sein, oui, je les ai allaitées, pendant trois longues années, chacune. Comme vous avez porté vos enfants, j’ai porté les miens. Comme vous, j’ai joué avec eux. Comme vous, j’ai voyagé avec eux. JE NE SAIS PAS encore que mon coma a duré quatorze jours. JE NE SAIS PAS que mes petites ne m’ont pas vue pendant un mois. Une « squaw » donc. Deux nattes noires entourent mon visage, reprenant mes longs cheveux laissés à l’arrière. L’arête de mon nez me semble encore endormie sous le bandage de mon œil gauche. Œil qui ne se ferme plus du tout. Le côté gauche de mon visage est paralysé à 80%. Je découvre petit à petit ce qui s’est passé et chemine de surprise en surprise.