AVC – Vingt secondes et tout bascule ! / M.-P. Fayt Davin – Episode 18

CHAPITRE 18

2014

Aujourd’hui, en 2014, je peux vous confier que depuis mon accident vasculaire cérébral, en février 2003, je suis consciente d’être un « je », d’ailleurs, ce texte est un long « je ». Je vous certifie que cette égocentricité a été créée par ma grande dépendance.

Imaginez-vous devoir rester une journée entière assis(e) sur la même chaise… Si vous voulez bouger, si vous n’acceptez pas l’immobilité, c’est insupportable. J’ai dû apprendre l’acceptation.

Dans le chapitre 1 – écrit en 2009 –, je vous parlais de la chaise roulante. Aujourd’hui, en 2014, même si mes bras ont réalisé de fameux progrès, ils restent maladroits, et je ne suis pas en mesure de conduire une chaise roulante, ni mécanique, ni électrique… On ne passe pas son « permis de conduire » avec une voiture sans roues et sans phares…

Même si mes yeux ont fait et feront encore des progrès, même si ma tête a plus de stabilité… aujourd’hui, en 2014, je ne peux toujours pas conduire une chaise roulante électrique. Ou électronique ! Ou encore supersonique… On retire immédiatement le permis de conduire à une personne qui ne perçoit aucune profondeur de champ. Mais je cerne beaucoup mieux mes « possibles » et mes « nécessités »… Et puis, je suis toujours si bien entourée. Vive la solidarité !
En détails, je vous révèle que même si je peux lire à présent, car je me suis habituée à cette nouvelle vue – je vois double, ma vue clignote continuellement, mon oeil gauche voit flou et a besoin de pommade toutes les deux heures pour éviter le dessèchement –, par moments, sans être prévenue, je ne vois plus rien et mon imagination prend le relais. J’ai alors des visions qui se terminent très souvent par des éclats de rires… J’aime rire et encore davantage : rire ensemble. Je ris beaucoup de moi, je me laisse surprendre et je m’amuse à admirer toutes les façons que vous avez de rire de vous-même… L’humour nous sauve… C’est vraiment un médicament, je ris donc de plus en plus…

Je remarque également ces arrêts de fonction au niveau de l’audition : même si j’entends bien, soudainement je n’entends plus rien, au point de ne plus comprendre. Il s’agit d’un vrai casse-tête pour mes enfants… De plus, je ne supporte pas le bruit, et les pleurs me stressent… Après je m’étiole au point d’être envahie par une très grande panne cérébrale, alors que je me prenais pour une superwoman.
C’est encore pareil pour la parole. J’ai dû réapprendre à parler et parfois je ne sais plus aligner deux mots… Je me mords la langue, je ne contrôle plus ma pensée… Ce qui me permet de vous décrire mes capacités actuelles est l’acquisition d’une meilleure conscience de mon corps, et je travaille encore dans ce sens.

Ma réaction à cet instant est de me cramponner à ce qui fonctionne, car je ne veux pas baisser les bras et attendre des temps meilleurs. Je vis dans le plus-que-présent ou dans une urgence perpétuelle, pour prévenir une éventuelle panne cérébrale.
Mais la vie m’a démontré que je peux connaître à nouveau de grandes émotions… Ma vulnérabilité et ma dépendance m’ont appris à faire confiance et parfois aveuglément… Il y a eu un grand cambriolage dans la maison, chez moi… J’en suis tombée malade. Et lorsque ma fille aînée m’a annoncé la sortie de mon livre, je me suis levée d’un bond – eh oui, c’est possible ! –. Merveilleuse histoire qui commençait, même si mes nuits étaient encore hantées par le récent cambriolage, je ne suis pas surhumaine… et je vis deux grandes émotions contraires… Je me sens comme un caducée, un bâton torsadé par mes deux serpents à moi qui sont les émotions qui se dégageaient de mes deux histoires : la joie de l’histoire positive de mon livre, et la colère, la tristesse, la pitié ou l’incompréhension de l’histoire négative du cambriolage. Je ne pouvais vivre chaque émotion séparément, elles étaient toutes deux teintées par l’autre. Voilà où j’en suis aujourd’hui…Tout cela pour vous dire que je ne suis pas sortie de l’auberge et que j’ai vraiment besoin d’autrui…
Je ne suis pas la seule dans ce cas, ne nous oubliez pas, petit clin d’oeil, merci, avec le sourire et avec plaisir ☺

Fin