AVC – Vingt secondes et tout bascule ! / M.-P. Fayt Davin – Episode 14

CHAPITRE 14

Le petit-fils, attentif lui demanda :
Mais, comment savoir quel loup va gagner ?
Ce sera celui que tu nourris, répondit le grand-père.

Mon bras gauche a besoin de calme pour « fonctionner ». Et encore… En cas de stress, de bruit, mon bras gauche « bat le beurre ». C’est ce bras gauche qui apprend au droit à rester calme, à se déplacer avec lenteur, à se détendre. Je suis convaincue de cette entraide peu banale.

Petit à petit, je confie des tâches à mon bras droit, comme essuyer ma bouche pendant les repas, à l’aide d’une serviette. Ce mouvement répété le fatigue vite.

Mon bras droit me fait souvent mal. Il manque d’adresse, je le sens lourd. Il tremble même si je ne l’utilise pas. Il tremble aussi quand le bras gauche travaille. Mes bras sont « non-fonctionnels ». Leur usage normal me manque terriblement. Certes, je m’accommode comme je peux, mais en cas de chute, je ne peux me rattraper.

Côté jambes, la force réapparaît peu à peu. J’apprends à doser cette force nouvelle, cet équilibre naissant… ou plutôt renaissant.

En fait, pour être claire, toutes les occupations du quotidien représentent des exercices. Activités répétées encore et encore. Je les réalise consciemment et m’amuse à explorer ce quotidien, y intercalant des gestes ludiques, inventés juste pour progresser. Je me confectionne une petite collection de progrès, même infimes. Comme ce jour où, assise, je buvais une tasse de chicorée chaude, tasse tenue par ma dame de compagnie. Je buvais en tenant une paille de la main gauche, comme d’habitude. Ce jour-là pourtant, après en avoir bu la moitié, la paille en bouche, je m’emparai de la tasse, toute seule. Ce geste de la main gauche peut vous paraître d’une affligeante banalité. Moi, par contre, j’en étais très fière.

Dans son livre intitulé « La Solution Intérieure », Thierry Janssen écrit : « Une attitude optimiste face à la vie est le médicament le plus puissant et le moins coûteux que l’être humain ait jamais eu à sa disposition. »

Dromadaire

Me voilà enfin à l’horizontale, dans le lit. En semaine, au mieux, il est 21 heures, au pire, 23 heures. C’est un plaisir instantané.

Je me déconnecte. Je débranche les circuits électriques de mon cerveau, comme on enlève la prise de l’ordinateur. Je me repasse à l’esprit l’expérience d’aujourd’hui chez l’acupuncteur. Je suis couchée sur le dos, des aiguilles déjà plantées dans mon corps, dont la dernière se trouve fichée dans le poignet droit. Lorsqu’il pique une aiguille dans le poignet gauche, j’ai l’impression de sentir un courant électrique me parcourir et se fixer sur le pouce gauche. J’ai oublié que mon corps est plein d’électricité… L’acupuncteur m’offre une tranquillité et m’enjoint à garder mon calme.

Je m’endors.

A suivre…